mardi 16 septembre 2008

FAIRE LE DEUIL

« Oui nous nous reverrons mes frères … oui nous nous reverrons …. Ce n’est qu’un au revoir mes frères, ce n’est qu’un au revoir … »

Cette chanson que nous chantions quand j’étais petite fille …

Cette chanson qui gueulait à tue-tête sur le quai d’embarquement …

Cette chanson qui hurlait sur le pont du bateau …

Et encore quand il a largué les amarres …

Et aussi quand la rive s’éloignait …

Quand la ville blanche au loin s’est faite si petite …

Pour disparaître à tout jamais.

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Aujourd’hui. Seulement aujourd’hui, 46 ans après, cette chanson tourne encore dans ma tête.

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L’émotion à son paroxysme. Écrasée de stupeur. C’est sans doute là que j’ai fais fausse route. Accrochée au bastingage, les yeux fixés sur le point de non retour.

C’est peut-être là que le reste de ma vie a pris ce virage.

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Au lieu de dire adieu … Au lieu de faire le deuil …

J’ai voulu croire que rien ne finissait jamais

Que les liens étaient ma seule chance de survie.

Que jamais je n’aurais à dire adieu.

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Depuis 46 ans, j’attends que renaissent, que revivent les morts, les disparus.

Depuis 46 ans, je me suis attachée à des liens qui n'existent plus.

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Ne jamais dire adieu … Toujours dire au revoir … A plus tard …

Partir et revenir … Revenir … Toujours …

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« Oui nous nous reverrons … Ce n’est qu’un au revoir … »

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46 ans après, une porte s’ouvre en moi. Serais-je capable de franchir le seuil, de faire enfin le deuil ?

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Depuis cette histoire là, depuis le grand départ, je me suis accrochée avec la force du désespoir, à toutes les personnes que j’ai aimées. J’ai voulu qu’elles fassent partie de ma vie à tout jamais. Que jamais le lien ne soit coupé, ne jamais dire adieu, ne jamais faire le deuil.

Depuis cette histoire là, depuis le grand départ, j’ai soufflé sur des braises pour rallumer le feu, ne jamais rompre la corde, la ficelle, le fil qui me reliait, comme le Petit Pousset, retrouver le chemin.

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46 ans après, apprendre à dire adieu, faire le deuil.

J’ai laissé là-bas, du jour au lendemain, des gens que j’aimais, des amours, des copains, sans même un dernier baiser. Tout à coup, un soir, ce fût le départ le lendemain. Tout à coup, un matin, ce fût le jour des valises et du départ.

« Ce n’est qu’un au revoir … »

Jamais je n’ai revu. Toute ma vie j’ai attendu.

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Faire le deuil de ce qui n’est plus.

Dire adieu s’il y a Dieu, ou à jamais s’il n’y a pas.

Apprendre a mettre de l’ordre dans ce qui n’est plus.

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Classer au rayon des souvenirs.

Les chérir.

Y penser sans souffrir.

Apprendre à partir.

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Adieu à vous, Malika, Zoubida, Claude, Bernadette, Marie-Paule, tata Rosette, Ibraïm, madame Descoubès, madame Turata, Marie, Brigitte, Antoine, Jacques, madame Saquin, mademoiselle Danequin, Mohamed … et l’épicier du coin, le boulanger aussi … Adieu à vous que j’ai aimé et qui existent peut-être encore … Ailleurs.

5 commentaires:

Danalyia a dit…

C'est bien de pouvoir l'écrire enfin... Notre vie est faite, forcément, d'une succession de deuils, de séparations. C'est peut-être ainsi que l'on grandit, à condition que des mots soient mis sur les sentiments, les peurs, les angoisses. Mais à l'époque où nous étions petites, on ne savait pas encore cela ; on ne savait pas que les enfants pouvaient souffrir autant que les adultes et porter toute leur vie le poids des non-dits...

Orion a dit…

Décidément, tu arrive a nous ébranler, à nous faire trébucher et (presque) nous faire pleurer tant l’émotion transpire de tes textes. Ça sent le vécu et donc le VRAI. Quelle angoisse, quelle amertume…

Constance a dit…

Tu as raison Danalya, c'est pour ça que nous ne devons pas oublier les enfants qui subissent la folie des adultes partout dans le monde.

Constance a dit…

Pas d'amertume Orion, de la tristesse sans aucun doute. Je me demande quelques fois pourquoi écrire ça? Et puis, comme je le dis à Danalya, au travers de ce que je raconte peut-être que ça nous permet de porter un autre regard sur les "étrangers" que l'on croise tous les jours et qui portent un ailleurs qui fait souvent mal.

daddyrogers a dit…

dire que ce que tu dis me touche , c'est vraiment un minimum ... je suis ému aux larmes mais comme toi j'ai appris à maitriser ces émotions alors merci internet et les blogs pour exprimer et assumer complètement ces sentiments...